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A vendre : lune en parcelles

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Franck RousseauPar Franck Rousseau  le Vendredi 24 Juillet 2009 à 08h00

En cette semaine de célébration du premier pas sur la lune, sachez que pour une poignée d’euros vous pourrez désormais la... décrocher! Reste à savoir comment vous ferez valoir votre titre de propriété en cas d’invasion extraterrestre.

A vendre : Lune en parcellesA vendre : Lune en parcelles - Thomas Pate/www.sxc.hu

Une idée venue d'ailleurs

« Demandez-moi la lune », c'est en substance ce que propose depuis 1980, Dennis Hope un homme d'affaires californien particulièrement fûté. Et n'allez pas croire qu'il parle au sens figuré. En homme avisé, Hope s'est mis en tête en effet de vendre 1700 parcelles de sol du satellite terrestre aux gogos en quête d'exotisme intersidéral.

Comment lui est venue cette idée ? Simple: en interprétant, à sa manière, le « Homestead act » : un document qui donne depuis 1862 a tout citoyen des Etats-Unis la possibilité de déclarer sien un territoire sans propriétaire. Sur cette base juridique presque oubliée, l'US Claim Registry and Copyright Office de San Francisco a donc accepté d'enregistrer notre bon Monsieur Hope comme étant le propriétaire exclusif de la Lune ainsi que toutes les autres planètes du système solaire!
A aucun moment, l'US Claim n'émettra la moindre réserve devant ce projet délirant.

A vendre : Lune en parcelles
A vendre : Lune en parcelles - © Mikha S./www.sxc.hu

Les stars s'arrachent la Lune

Au prix de 16 dollars les 700 hectares, les demandes n'ont pas manqué. Ronald Reagan, Jimmy Carter, Tom Cruise, John Travolta, Christopher Reeve, Nicole Kidman, Harrison Ford et Clint Eastwood ont souhaité leur part de gâteau lunaire. C'est ce qu'on appelle un quartier bien fréquenté...
Et qu'est-ce qu'on reçoit concrètement pour 16 dollars ?
« En plus de la propriété elle-même évidemment, précise Dennis Hope « vous recevez : l'acte de la Constitution des droits lunaires et votre carte lunaire montrant approximativement l'endroit où se trouve votre propriété. Tous les documents ci-dessus sont imprimés sur du papier (style parchemin) d'une taille idéale pour les mettre sous cadre ».
On vous fera également parvenir une copie d'une petite histoire appelée «  Tu possèdes quoi ? ». Tous les documents sont en anglais bien sûr.

Dans l'officine de Monsieur Hope, trois pendules. L'une est réglée sur l'heure de Greenwich (« Zulu time »), l'autre sur celle de Los Angeles, la dernière, « Lunar time » est arrêté. « Et vous savez pourquoi ? » demande notre fou Californien. « Mais Bon Dieu parce que personne ne sait quelle foutue heure il peut être en ce moment sur la Lune ! » plaisante le pionnier de la commercialisation de l'espace.

A vendre : Lune en parcelles
A vendre : Lune en parcelles - © Doru Lupeanu/www.sxc.hu


Un plan en or ?

Plus sérieusement. En dix mois d'existence, sa compagnie « Lunar embassy » va générer un chiffre d'affaires de plusieurs millions de dollars et les aventures de Pathfinder doperont encore plus les ventes.
« Ce fut notre meilleure publicité. Depuis que la Nasa a diffusé les photos de Mars, les gens s'arrachent les terrains ! Je vous jure que c'est vrai ! Le robot Sojourner fût mon meilleur représentant ». Mais le grand classique-maison, l'incontournable, demeure l'astre Sélène. Récemment un riche Israélien s'est porté acquéreur de tous les lots de Mars et de la Lune encore disponibles. « Dans ces cas-là, j'annonce froidement la couleur. 225 millions de dollars, c'est ce que ça lui aurait coûté. Le type ne m'a jamais rappelé ».

Ecolo dans l'âme, pour ne pas trop dénaturer ses planètes et les préserver de la frénésie immobilière, Hope a décrété inconstructibles et légalement enregistré des zones qu'il a baptisées « parcs nationaux ».

Et en cas d'éventuels atterrissages d'un engin de la Nasa sur une parcelle vendue à un tiers, y-a-t-il violation de propriété ? Là aussi Dennis a tout prévu.
L'Ambassade lunaire a une politique stricte de « non-ingérence ». C'est-à-dire qu'elle ne va pas poursuivre ou importuner des astronautes passant par là, car sur la lune, c'est toujours sympa de recevoir de la visite. Si vous en voyez un sautiller sur votre propriété, n'allez SVP pas chercher votre fusil de chasse. Offrez-lui plutôt une tasse de thé ».

Son « ambassade » prospérant, Monsieur Hope envisage même désormais de céder en bloc la planète Pluton. Profitez des soldes galactiques, ce n'est pas toujours qu'on peut s'offrir une bonne grosse vieille planète à bon prix.

Sur son site web (www.moonshop.com), les pages sont un mélange de sérieux et de discrète rigolade. Par exemple, les parcelles de Mars (800 hectares chaque, au prix de 30 euros) sont vendues sous le nom de « selims », ce qui inversé donne « smiles » (sourires).
Hope ne vend pas que du papier et du rêve d'ailleurs, en parfait business-man exploitant à fond le filon, il propose également toute une gamme de produits aux couleurs de « Lunar embassy » : tee-shirts, casquettes et autres tasses...

A vendre : Lune en parcelles
A vendre : Lune en parcelles - © D.R.


Défense d'entrer!

Seulement voilà, un grain de sable teuton est venu perturber les rouages de ce « market space » bien huilé. Martin Juergens, un retraité allemand ayant appris l'existence de cette entreprise vraiment pas comme les autres a en effet affirmé sur les ondes d'une radio germanique que la Lune appartenait déjà à sa famille depuis le 15 juillet 1756, date à laquelle Frédéric II le Grand l'aurait offerte en témoignage de sa reconnaissance à l'un de ses ancêtres.

Persuadé que les archives secrètes de la Prusse possèdent toujours les documents originaux qui prouvent ce don, il a demandé à son gouvernement de faire valoir ses droits sur la Lune. Les juristes s'arrachent les cheveux – où ce qui leur en reste.

En juillet 97, trois citoyens du Yemen déposaient aussi une plainte contre la NASA pour avoir « envahi » la planète Mars qu'ils considèrent comme leur territoire !

Le délire ne s'arrête pas là...

Bien que l'Union astronomique internationale soit la seule autorité en la matière, plusieurs firmes liées à un réseau basé à Chicago ont aussi offert de nommer une étoile du nom de votre choix.
A Lennoxville, la firme Bételgeuse, aurait ainsi vendu en quatre ans 1000 étoiles à travers le Canada à un coût modique de 86 dollars l'unité. Le client reçoit alors un « certificat » qui vaut à peine le coût du papier sur lequel il est imprimé.

A vendre : Lune en parcelles
A vendre : Lune en parcelles - © http://www.treklens.com/members/cbcs/


L'espace comme gigantesque parc d'attraction

Alors que l'homme cherche en vain des traces d'intelligence sur d'autres planètes, il y a des jours où on en cherche même sur Terre... Mais attention, toutes les tentatives pour s'approprier la propriété de corps célestes ne sont pas aussi loufoques. La firme SpaceDev, détenue par le magnat du logiciel James William Benson, a annoncé en septembre 1997 son intention d'envoyer une sonde privée sur un astéroïde. Du coup, il réclame des droits de propriété sur ce caillou.
« Ce qu'on souhaite, ce sont des droits d'exploitation minière qui pourront être mis en vigueur lorsque la technologie le permettra » déclare Benson.

Le futur promoteur s'est déjà associé un vétéran du programme Apollo et plusieurs chercheurs de haut calibre et la NASA prennent le projet de Benson au sérieux. « C'est excitant car c'est la première proposition entièrement commerciale pour l'exploration planétaire », confiait un administrateur de l'agence spatiale américaine au magazine New Scientist. La mission de SpaceDev devrait coûter 50 millions dollars et James William Benson assure qu'il a déjà l'argent.

Luna Corp., une entreprise de Virginie spécialisée dans les parcs d'amusement souhaite aussi envoyer des petits robots sur la Lune d'ici moins de dix ans. L'idée est de faire payer des gens sur Terre pour jouer avec les engins téléguidés dans une attraction impliquant la réalité virtuelle.

Quand vient le moment de faire un dollar, le génie humain est décidément astronomique.

A vendre : Lune en parcelles
A vendre : Lune en parcelles - © Fergus Currie/www.sxc.hu


Arnaque or not arnaque ?

Tout cela n'est évidemment que du vent. La plupart des clients de Dennis Hope and Co ne sont sans doute pas dupes de leurs « titres de propriété ». Quant aux autres, il leur est techniquement impossible de les faire valoir. On n'est pas prêt de poser des clôtures sur la Lune ou sur Mars.

Il s'agit donc d'une escroquerie ? En fait, les choses ne sont pas si simples .

D'un point de vue strictement juridique, les états sont responsables des violations du droit de l'espace que commettent leurs ressortissants. En bonne logique, la patrie de George W. Bush devrait donc engager des poursuites contre les vendeurs, du moins ceux résidant fiscalement aux Etats-Unis. Seulement voilà personne n'ose légiférer sous prétexte que la vente des dites parcelles lunaires ou martiennes relèvent de la plaisanterie...

Rappelons aussi qu'en dépit des affirmations fantaisistes de Dennis Hope, il n'est pas possible de vendre la Lune parce qu'il n'est pas possible de se l'approprier.
La sagesse populaire sait bien qu'on ne peut pas vendre ce qu'on ne possède pas. Comme la haute mer, l'espace extra-atmosphérique et les corps célestes ne peuvent donc faire l'objet d'une appropriation.

Cette règle était fixée dès 1963 dans la déclaration des Nations-Unies sur l'espace.
Elle a été réaffirmée en 1967 dans le traité sur l'espace signé par près de 100 nations, qui définit l'exploration de l'espace extra-terrestre comme un acte accompli au nom de l'humanité toute entière et interdit de ce fait qu'un pays ou une organisation déclare comme sien un terrain lunaire.
Le texte est d'ailleurs on ne peut plus clair : « L'espace extra-atmosphérique, y compris la Lune et les autres corps célestes, ne peut faire l'objet d'appropriation nationale par proclamation de souveraineté, ni par voie d'utilisation ou d'occupation, ni par aucun autre moyen. ».

La « Outer Space Treaty » interdit donc formellement qu'un Etat puisse s'approprier la Lune ou bien une autre planète, dans un but de profit et de commercialisation.
Cela signifie qu'un Etat ne peut faire en aucun cas la demande « Claim » (une demande de droit à la propriété).

Il existe d'ailleurs dans le traité de 1967, un paragraphe relatif à l'exploitation et l'utilisation de la Lune ainsi que des corps célestes. Ce paragraphe concerne en particulier les Etats, mais il existe aucune mention, aucun alinéa, aucune clause restrictive qui puissent interdire un quidam ou une société privée de pouvoir exploiter ou bien d'utiliser la lune et les corps célestes à des fins commerciales.

Conscient de ce vide juridique, l'ONU, ainsi que certains pays qui ont signé le traité de la « Outer Space Treaty » ont déployé toute leur énergie pour que ce traité soit modifié. Et c'est ainsi qu'est né en 1984 un second traité remis à jour.
Le « hic », c'est que sur les 185 membres que comptent l'ONU seulement six pays l'ont ratifié, les autres pays directement concernés par les retombées économiques liées à l'espace, par exemple les USA, la Russie, et la Chine faisant marche arrière toute.

A vendre : Lune en parcelles
A vendre : Lune en parcelles - © Karlis Caupals/www.sxc.hu


Bon week-end… sur la Lune !

Les projets commerciaux dans l'espace ont eux depuis longtemps dépassé ce stade. Ainsi, cette idée d'une grande société japonaise : offrir des vacances dans l'espace, dès 2040. Des navettes spatiales feront chaque jour l'aller-retour entre une station terrestre et un hôtel spatial. À 450 kilomètres d'altitude, le palace proposera à ses clients des chambres bénéficiant d'une vue fantastique, mais aussi un restaurant et une salle de gymnastique. On pourra même se marier sur la cime d'un cratère lunaire.
Mais quel droit s'y appliquera ? « On peut faire une analogie avec la navigation maritime », poursuit un juriste. En mer, un navire est soumis au droit du pays dont il porte régulièrement le pavillon. Les engins spatiaux, que ce soit des laboratoires ou des hôtels, portent aussi un pavillon, bien sûr pas comme sur un navire, il est seulement peint. Mais le principe reste le même : par l'enregistrement d'une fusée ou d'un engin spatial dans un état donné, cet état en assume la responsabilité et le droit de cet état s'applique à cet engin... ».

Pendant tout le trajet de la fusée, de la station de recherche ou de l'hôtel spatial entre la Terre et l'espace, en revanche, le responsable est le pays d'où l'engin est parti.
« Imaginons un cas fictif : un hôtel allemand est lancé depuis la France. Les deux états sont responsables au moment du départ et du retour. Mais en tant que client de cet hôtel, vous êtes soumis au droit allemand et si vous vous y mariez, c'est sous le régime du droit allemand. »
Au moins d'un point de vue juridique, tout semble prévu pour les futurs habitants et voyageurs de l'espace. Les progrès de la technologie décideront donc de la date de la première bataille juridique. Car plusieurs guides spécialisés permettent déjà de réserver son prochain vol dans l'espace...

En attendant Dennis Hope est assis sur un pactole potentiel de plus de 100 millions d'euros. Le patrimoine de son concurrent, « International Star Registry » est, lui, pratiquement infini : 200 dollars multipliés par le nombre d'étoiles en panne de nom (un sacré paquet). C'est ce qui s'appelle créer de la richesse à partir de rien ! Cette économie fiction a donc de beaux jours devant elle. Rien n'empêche en effet le propriétaire d'une parcelle lunaire d'y créer un club de golf puis d'en vendre des cartes de membre! Et un camping ?

Propriétaire lunaire : Pourquoi faire ?

Tout d'abord, on aimerait bien savoir comment faire valoir son titre de propriété lunaire ? A moins de se faire téléporter, il faut y aller là-haut. Or, sachant qu'un kilogramme de matière – qu'elle soit organique, métallique, plastique ou composite – coûte 10 000 dollars à envoyer dans l'espace. Soit votre poids + celui de la fusée + le carburant embarqué. Ca fait chère la note !

Imaginons maintenant que notre planète explose en terme de population et que nous décidions d'envoyer le « surplus humain » sur l'astre Sélène. Là aussi, il y aurait de quoi finir à l'asile. Et pour cause : si nous voulions contenir de façon constante notre population en recourant à une migration spatiale, il faudrait que 100 vaisseaux spatiaux contenant chacun 2100 humains décollent chaque jour : un toutes les 15 minutes.
Moralité : la contraception revient incomparablement moins cher!

Sans compter que la colonisation du Nouveau Monde n'aura aucunement réduit la pression démographique : elle l'aura tout bêtement déplacée. Et puis, pour des primates comme nous, à peine sortis de la jungle, quel genre d'existence aurions-nous dans une station spatiale ? D'autant que nous ne sommes toujours pas habitués à la domestication à long terme.
Prenez par exemple les bases scientifiques qui se situent en Antarctique. Au bout seulement de quelques semaines d'hibernation les hommes et femmes envoyés là-bas ne peuvent plus se sentir.
Alors un huis-clos sur la Lune, vous n'y songez pas !

ce qu'elles en pensent

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