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| Actualité : Ma Cuisine | Manger bio avec un Smic, c’est possible ?
Le bio, un truc de riches ? Nous sommes allés sur le terrain, au marché de Sarcelles, dans le 93. Et là, surprise : on peut manger sain avec un petit budget!
Oh bio mio !Pas forcément, faut croire. Sinon, comment expliquez-vous que les ventes de produits bios soient en hausse en ces temps de crise ? En 2008, 44% des Français ont consommé au moins un produit bio, au moins une fois par mois, soit 2% de plus que l'année précédente.
Mieux : selon le Baromètre 2008 de l'Agence Bio(1), les Français déclarent vouloir maintenir leur consommation, voire l'augmenter cette année. « Le bio devrait continuer de progresser surtout chez les acheteurs occasionnels », affirme Pascale Hébel, directrice du département consommation du Crédoc. C'est-à-dire, chez les consommateurs au budget serré.
Trop cher, le bio ?
Pour comprendre ce qui se passe, nous sommes d'abord allés faire un tour sur les forums en ligne. Voici un des commentaires que nous avons trouvé à ce sujet : « Je suis étudiant, et en l'espace de cinq mois je suis passé à 98% bio sans augmenter mon budget nourriture. Je précise que je mange bio ET équilibré ET sain, parce qu'on peu très bien manger bio et manger mal! » Incroyable... Mais comment fait-on alors?!Nous avons décidé de nous rendre au marché de Sarcelles-Lochères dans le 93, l'un des moins chers de la région parisienne. Chaque dimanche, une foule cosmopolite de plus de 10 000 visiteurs s'y presse. Et là, entre les stands de robes à 5 euros, un étal bio. Allons bon. Manger bio, ça doit être le cadet des soucis en ce moment, non ? Mais quelques micro-trottoirs plus loin, changement d'avis…
C'est sûr, on a croisé plein de personnes qui n'ont jamais mangé bio de leur vie (« trop cher », « comprends pas ce que c'est », « le bio, c'est une arnaque »…) Mais au milieu de la foule, nous avons aussi rencontré des mères de famille nombreuse, des étudiants, des retraités… qui déclarent tous acheter bio. Pas chaque jour, mais de plus en plus souvent. Et ce, malgré un budget restreint.
Voyez cette mère de 4 enfants, la cinquantaine, qui adore les petits pois bio, « parce que le goût n'est pas le même ». Ou cette jeune femme de 28 ans, qui, malgré un budget alimentation de 200 euros par mois pour deux, achète toujours du lait bio « parce qu'il contient plus de vitamines ». Où encore cette jeune maman, vendeuse chez Leader Price, qui achète des tomates bio, « parce que c'est trop bon ». Sans oublier cette jolie grand-mère qui se ruine en lait de soja bio pour sa petite fille allergique au lait de vache. D'autres encore achètent bio pour se « donner bonne conscience », ou parce qu'ils ont vu « un reportage à la télé sur les poulets en batterie malades », ou « parce qu'il n'y a pas de produits chimiques dedans », ou encore parce que leurs enfants le leur ont demandé, « c'est leur maîtresse qui dit que c'est meilleur »…
S'intégrer grâce au bio
Etonnant, non ? « Le bio est devenu un tel phénomène de masse que même les couches sociales défavorisées s'y mettent. Elles n'achètent pas seulement bio par souci de santé, mais aussi par souci de bien faire - pour ‘s'intégrer', en quelque sorte », assure la sociologue Françoise Bartiaux de l'Université catholique de Louvain, en Belgique.Quelles que soient les raisons qui poussent à consommer bio, ce n'est plus seulement un truc de bobos aisés, on l'a compris. « D'ailleurs, quand on commence à s'intéresser au bio, on change souvent sa façon de vivre en général, ce qui peut se traduire par des économies substantielles », explique Alexandre Pasche, fondateur d'Eco&Co, agence spécialisée dans la communication responsable. Selon ses calculs, un ménage de trois personnes peut économiser 10 000 euros par an en se débarrassant de sa voiture, en faisant des économies d'énergie et d'eau, en optant pour des produits de nettoyage naturels… Par ailleurs, les personnes qui mangent bio ont tendance à remplacer la viande par d'autres sources de protéines meilleur-marché et font davantage la cuisine elles-mêmes, ce qui revient moins cher.
Oui, mais. De là à dire que les personnes que nous avons rencontrées sur le marché de Sarcelles vont bazarder leur voiture et se mettre aux noix de lavage dans un futur proche… Il n'empêche : quand on commence à acheter bio, on ouvre la brèche à d'autres petits gestes, qui ont tous des effets non négligeables sur le budget. C'est une autre façon de consommer qui se profile à l'horizon !
Prenez Myriam, Smicarde de 42 ans, qui, depuis qu'elle achète bio, fuit les fraises en hiver et autres horreurs hors saison et surtout, hors de prix. Elle s'est aussi mise à ramener des œufs et des légumes de la campagne, où habitent ses parents. Elle s'est même inscrite sur la liste d'attente pour louer un jardin ouvrier. C'est sûr, le bio fait maison, c'est encore moins cher que le bio acheté !
En revanche, si manger bio ne coûte pas nécessairement plus cher au bout du compte, ce choix de vie a tout de même un coût. « Bien manger avec peu d'argent est un vrai investissement en énergie, prévient Marie-Paule Dousset, auteure de « Savoir économiser » (Flammarion). Cuisiner soi-même, faire ses courses en comparant les étiquettes… ça prend du temps. Au début, ça peut paraître fastidieux, mais on prend vite le pli ! »
Son conseil : « Ne pas reproduire en bio ce qu'on faisait en non bio. » Acheter en Amap ou en vrac, c'est souvent deux fois moins cher et faire soi-même sa popote maison, ça coûte, selon ses calculs, même trois fois moins cher que les plats cuisinés ! « La plupart des gens qui ont des difficultés financières essaient de rogner sur leur budget nourriture, pour pouvoir garder leur connexion internet, leur forfait portable… Or bien se nourrir doit être la priorité ! »
Pendant ce temps, à Sarcelles, Malek, 35 ans, finit sa tournée du marché. De son roule-roule dépassent des poireaux, bio of course, qu'elle compte bien transformer en quiche pour le dîner de ce soir. « 2,80 le kilo ! J'achète bio quand ce n'est pas cher : je veux bien aimer la nature, mais j'ai une famille à nourrir, moi ! »
3 questions à...
Pascale Hebel, directrice du département consommation du Crédoc.
Pour acheter bio faut-il être riche ?
Non. Même à ses débuts, le bio n'a jamais été réservé aux riches. Ce segment a été lancé par des gens bien renseignés, qui se soucient de leur alimentation et qui font des arbitrages en mettant plus d'argent dans l'alimentation, et moins ailleurs.
C'est donc plus une question d'éducation que d'argent ?
Tout à fait. Il est assez facile de manger sain et pas cher quand on a des connaissances nutritionnelles : par exemple, cuisiner soi-même est trois fois moins cher que d'acheter des plats cuisinés !
Bientôt, tout le monde mangera-t-il bio en France ?
Pas tous les jours, mais occasionnellement, pourquoi pas ! Déjà aujourd'hui, environ 50% des Français achètent du bio de temps en temps. Cela dit, nos enquêtes montrent que les consommateurs ne comprennent pas encore très bien ce qu'est vraiment le bio. Ils achètent un produit par-ci, par-là pour se donner bonne conscience, en pensant que ça leur fera du bien. Mais la plupart ne savent pas que le bio, c'est d'abord un choix écologique !
Le bio à tout prix ?
Si certains fruits et légumes non bios affichent des taux de pesticides importants, d'autres en contiennent seulement des traces faibles. Donc : quand on a un budget riquiqui, rien de ne sert d'acheter ces derniers en bio !Les moins pollués : Oignons, avocats, ananas, mangues, asperges, petits pois, kiwis, chou, aubergines, pastèque, brocolis, tomates…
Les plus pollués : pêches, pommes, cèleri, nectarines, fraises, cerises, laitue, raisins, carottes, poires…
(Découvrez la liste exhaustive sur www.foodnews.org)
(1)Groupement d'intérêt public pour la promotion de l'agriculture biologique
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