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Jean-Charles de Castelbajac : «Je suis une sorte de virus pop de la société de consommation»
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Electron libre à contre-courant des tendances, JC de Castelbajac s'est fait le maitre incontesté de la mode allumée et de la récup' fun, teintée d'un soupçon rock irremplaçable. Rencontre avec un artiste épris de luxe, de solitude et de voluptés.
Jean-Charles de Castelbajac - Alexandrine ChaillouLa mode, toujours la mode ?
Je ne parle pas trop de mode, moi (rires). Non, je parle de mode de vie. Je crois que la notion de mode a disparu. Je n'ai plus le sentiment aujourd'hui de faire des défilés, j'ai le sentiment de faire des performances, des installations. Le plus beau défilé est définitivement la rue. On a envie de proximité. C'est ce que je ressens.
Pouvez-vous nous décrire votre évolution ? Vous avez toujours été un artiste à part …
Dans les années 70, j'étais comme un visionnaire, j'étais très décalé : quand les gens faisaient du romantisme, je faisais des vestes en serpillère. Dans les années 80, je faisais les premiers pulls avec Mickey Mouse, avec des ours en peluche, alors que les gens essayaient d'installer une espèce de « chic ». Dans les années 90, j'étais complètement démodé parce que tout le monde était dans le no-logo, le noir, et moi j'étais dans l'arc-en-ciel.
Changement de cap à la fin des années 90 ?
En 1997, j'ai habillé le Pape et, oui, à partir de là, j'ai commencé à m'ouvrir, à sortir de l'unicité. Après, il y a eu les JMJ (Journées Mondiales de la Jeunesse), et quand j'ai vu que je pouvais habiller un million de personnes en une journée, j'ai trouvé cela amusant : c'est démocratique, et fun. Moi qui étais plutôt dans une dimension un peu nietzschéenne d'un artiste qui fait des choses rares (une pièce, six manteaux nounours, et ça devenait une légende), là j'ai commencé à faire pour le plus grand nombre.
Et puis après j'ai découvert MySpace, et le fait que ce grand océan virtuel me permettait de devenir une espèce de virus pop, au lieu d'être dans la résistance. Donc je suis une espèce de virus pop dans la société de consommation ! (rires)
Vous avez un métier passionnant, mais probablement un peu stressant. Comment faites-vous pour rester zen ?
Mon truc pour rester zen, c'est d'être dans la vie, c'est d'écrire des chansons pour ma femme Maréva Gallanter, de m'occuper de projets artistiques avec mes fils, c'est d'aller prendre ma moto, ma Harley qui est la même depuis des années, … C'est de graffer des anges à la craie sur les murs de Paris. D'ailleurs je vais en dessiner un là, je vais essayer…
Plus tard Je suis quand même très fier d'avoir dessiné un ange à Beaubourg ! (rires)
Aimez-vous passer du temps chez vous, vous reposer en famille, etc ?
A vrai dire, il y a toujours un projet en gestation. Par exemple, en ce moment, je suis en train de préparer une nuit blanche à Athènes qui va s'appeler « Athenic Bomb ». Je fais venir des performeurs d'Angleterre, je fais venir des artistes qui vont intervenir, ou je fais un défilé… C'est la vie d'un artiste, tout simplement. Non pas que je n'ai pas de temps pour moi, mais tout est lié, indissociable, et c'est très exaltant.
Quels sont vos loisirs ?
(Il designe l'ange dessiné derrière nous) Voilà, j'en dessine depuis 20 ans et je ne les signe pas. Des loisirs, je n'ai que ça, je passe ma vie en loisirs. J'ai cette chance, parce que je fais un métier artistique qui me permet de gagner ma vie, qui m'a rendu célèbre. Que puis-je demander de plus ?
Vous avez crée un cocktail pour le Meurisse…
Le Meurisse c'est toute une histoire : mon père allait au Meurisse, mon grand-père allait au Meurisse, et moi j'y vais depuis 45 ans. C'est pour ça que quand Bombay Sapphire m'a demandé de faire un cocktail, j'ai crée le JCDC, qui est d'ailleurs une tuerie, il est trop fort ! C'est un peu comme les femmes d'aujourd'hui, c'est un cocktail qui a l'air très sensuel, très féminin, et qui derrière est très fort. J'ai recherché cette métaphore de l'incarnation de la féminité. Et je vais d'ailleurs faire une grande fête complètement barrée, avec notamment des DJs anglais qui viennent au Meurisse.
Comment recevez-vous vos amis ?
Je ne reçois pas trop. En fait, quand je reçois chez moi, c'est surtout lorsque j'organise des fêtes. C'est plus 50 personnes que 4 ! Si c'est 4, nous allons plutôt dans un restaurant, japonais par exemple, dans un lieu un peu extraordinaire, un peu rare.
Aimez-vous cuisiner ? Ou est-ce votre compagne Mareva Gallanter qui s'en occupe ?
C'est elle ! Quand je mange chez moi, c'est toujours exceptionnel, car la femme que j'aime cuisine merveilleusement bien. Elle est polynésienne et dans son pays, les gens ont une relation à la nourriture tellement naturelle et tellement saine que c'en est tout à fait étonnant, et toujours très simple.

Ensemble Jean Charles de Castelbajac,
Qu'est-ce qui vous fait rire aujourd'hui ?
C'est la fraîcheur d'une génération en devenir. Il y aujourd'hui une génération incroyable qui a 17-18 ans, et qui dégage une énergie qui me fait penser à celle des années 60. A la différence que nous, nous étions imprégnés d'après guerre, et qu'eux sont imprégnés d'une sorte de fausse légèreté parce qu'il y a beaucoup d'inquiétude. Et l'on s'aperçoit en fait qu'il y a un regain d'énergie créative, une fraîcheur assez exceptionnelle, paradoxalement.
Vous avez toujours agi dans une optique durable et vos créations s'en ressentent. Pouvez-vous nous en parler un peu plus ?
Je n'ai jamais eu un mode de vie anti-durable, effectivement. Je suis gascon, et je viens d'une famille dans laquelle on apprécie les choses simples. J'ai toute ma carrière fait des vêtements en tissu de récupération, je prenais des vieux ours (en peluche) pour faire des manteaux du soir, et c'était plus spectaculaire que des visons. J'ai toujours été dans ce système, sauf que je mâtinais tout ça d'une touche rock'n'roll, et que soudain cela devenait un peu étrange.
Et demain ?
Ce que je n'aime pas dans l' « éco-système», c'est le côté «moustachu» franco-français, post-Larzac. Il y a quelque chose de très grave dans la vision écologique française, qui est un peu passéiste, post-sixties. Mais on est en train d'en sortir, j'espère en tout cas. Il suffit de voir des projets faits par des jeunes français comme Misericordia qui fait travailler des gens dans les favelas, etc. Il y a de belles initiatives en cours.
Mais il faut que ça soit mâtiné de glamour, de sexy…
Que serait pour vous le luxe suprême ?
Le luxe suprême, c'est la solitude à deux, un lieu qui ne soit pas envahi comme Paris l'est actuellement. Le luxe, c'est le désert, c'est retrouver des sens. C'est le confort physique et intellectuel que l'on peut éprouver lorsqu'on est confronté à la nature. Je ne dis pas forcément que c'est le calme. Le luxe, c'est aussi être sous une tempête, ou sous un orage dans le Gers. Voilà ce que j'adore, être face aux éléments.
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