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| Actualité : Mon époque | Les Hijras : l’Inde du troisième sexe
On les appelle les "Hijras", "aravanis", eunuques ou encore troisième sexe. Ils occupent un statut étonnant dans la société indienne. Rencontre avec une communauté étrange.
Une réunion d aravanis - D.RQui sont ces eunuques?
A l'origine, il s'agit surtout de transsexuels ou d'hermaphrodites qui ont formé des communautés dans plusieurs villes du pays, après avoir été rejetés par les autres. Ces hommes qui ne se reconnaissent pas en tant que tels choisissent alors de devenir eunuques – on les appelle les hijras, en Inde. Ces «parias » sont issus de toutes les castes de la société, certains sont d'origine musulmane.
Comment devient-on hijra?
De nombreux hijras ne sont pas châtrés, 70% d'entre eux n'ont pas subi l'opération et se contentent de prendre des traitements hormonaux pour féminiser leur apparence. Leur ambition est de « renaître » car selon leurs concepts, l'homme meurt pour renaître hijra. Cela prend ici la forme d'une l'émasculation.
Pour faire court, si l'on peut dire, on enlève le pénis, les testicules et le scrotum ! Inutile de préciser que cette opération réalisée dans des conditions abominables est atrocement douloureuse et que le risque vital est réel.
C'est en effet, à l'aide d'un couteau (parfois rouillé) et sans anesthésie (seulement un peu l'alcool et des drogues) que se déroule cet acte que l'on pourrait qualifier de barbare! Une fois "l'opération" terminée, on enfonce dans la plaie des « malheureux » une pipette en métal pour créer un petit trou qui leur permettra ensuite d'uriner, puis on recouvre la plaie avec des herbes pour aider à la cicatrisation. C'est tout ? Non !
Les plus puristes d'entre eux devront ensuite s'asseoir sur une pierre tranchante jusqu'à ce que l'anus saigne ; les gouttes de sang sont alors recueillies et les premières règles célébrées…
Quid de leur sexualité?
Au contraire des transsexuels occidentaux, les hijras ne veulent pas en général se faire passer pour des femmes puisqu'elles ou ils, ne sont ni femmes, ni hommes. Ils ne sont pas non plus des travestis au sens où on l'entend chez nous, puisque les travestis occidentaux couchent avec des femmes.
Les hijras ont donc des « relations » avec des hommes (ou d'autres hijras), le plus souvent, anales – sauf ceux/celles qui optent pour la vaginoplastie, mais le coût est encore très élevé en Inde.
Les hommes qui fréquentent les hijras sont hétérosexuels et fréquemment mariés ; les prostitués hijras sont en effet "meilleur marché" que les prostituées de sexe féminin.
Il arrive parfois que certains hijras se marient (avec des hommes), même si le mariage n'est en général reconnu ni par la loi ni par la religion.
Vous suivez ? Compliqué hein...
A quand remonte les origines des Eunuques?
Cette pratique daterait du IXème siècle avant J.C semble-t-il. Le mot eunuque vient du grec et signifie « gardien du lit » parce que les maharajahs utilisaient ces hommes comme gardes de leur harem. Les hijras étant castrés, les nobles leur accordaient toute leur confiance pour prendre soin de leurs femmes.
Les ennuques étaient également souvent prostitués de luxe et danseurs lors des soirées mondaines. La fin des maharajas les a chassés des palais et bannis de la société.
Que dit la mythologie hindoue?
Il n'est pas rare que les dieux hindous cultivent l'ambiguïté et prennent des formes humaines d'un autre sexe. D'ailleurs tous les ans les hijras se donnent rendez-vous dans l'Etat du Tamil Nadu pour rejouer une scène du Mahâbhârata, un des deux récits fondateurs de l'Inde.
Cet épisode raconte que pendant une bataille, deux frères durent sacrifier un guerrier pour battre leurs cousins. Leur conseil de guerre choisit alors Aravanan, un des fils du héros épique Arjuna. Aravanan accepta de mourir pour la bonne cause, mais il émit le souhait de se marier avant, souhait qui posa un énorme problème : quelle femme accepterait d'épouser un homme condamné ? Pour régler ça, le Dieu Krishna prit la forme de Mohini, une très belle femme, et épousa Aravanan...
Combien sont-ils aujourd'hui?
Il n'existe aucun recensement fiable sur le nombre d'hijras en Inde, mais on estime qu'ils seraient environ un million. Les hijras sont appelés également Aravanis.
Comment sont-ils perçus?
Si l'Inde moderne a complètement rejeté l'homosexualité, en revanche elle a accepté le concept de « troisième sexe »; peut-être pour suppléer à un manque de catégorisation de certaines personnes…
L'Inde, avec le Pakistan et le Bangladesh, est le seul pays où cette pratique persiste aujourd'hui. Les autorités du Tamil Nadu ont d'ailleurs reconnu récemment le statut de transsexuel aux habitants de l'Etat, ouvrant ainsi la voie à l'acceptation d'un troisième genre. Les eunuques peuvent désormais cocher une troisième case dite « T »(transsexuel) sur les papiers officiels, comme les cartes de famille ou les cartes de rationnement.
In fine, cette reconnaissance leur permet d'apparaître comme le troisième sexe et de bénéficier des droits accordés à chaque citoyen sans être contraint de se caractériser en tant qu'homme ou femme.
Les hijras sont considérés en Inde avec respect et méfiance. Respect, car leur castration est très symbolique dans la mesure où l'individu mâle est celui par lequel la famille est perpétuée. La castration leur confère un pouvoir de fertilité selon les Hindous. C'est pour cette raison que les hijras assistent, contre rémunération, à des mariages et assurent par là que le couple sera fertile.
La méfiance, elle, vient du fait qu'il sont également capables de jeter le "mauvais œil". Les enfants qui naissent hermaphrodites sont accueillis dans les communautés hijras et elles prennent sous leur aile les jeunes rejetés par leurs familles et les castes, quand une ambiguïté de genre est soupçonnée. Depuis la colonisation de l'Inde par le Royaume-Uni, la perception des hijras a changé et une partie de la population les méprise pour des raisons homophobes.
Est-il vrai que les eunuques sont parfois embauchés par le gouvernement indien pour prélever les impôts?
Oui ! Les hijras sont parfois employés par le gouvernement comme collecteurs d'impôts dans les villages ! Leur donner de l'argent porterait en effet bonheur.
Que se passe-t-il si on ne leur donne pas de l'argent?
Ils peuvent aller jusqu'à soulever leur sari pour montrer leurs parties émasculées, vous... tripoter, puis s'asseoir sur vos genoux. Mal à l'aise, la personne sollicitée finit toujours par payer !
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