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Enquête sur les écoles alternatives

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Rédaction teva.frPar Rédaction teva.fr  le Mardi 4 Septembre 2007 à 10h47


Mal connues et marginalisées, les pédagogies « différentes »
ont le vent en poupe alors que les établissements traditionnels peinent à se réformer.
Le point sur ces écoles hors du commun.
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Àl'heure de l'assouplissement
de la carte scolaire et avant
sa suppression progressive,
il est difficile d'évaluer le
nombre d'enfants scolarisés dans les
écoles dites « différentes ». À la rentrée
2003, ils étaient estimés à environ
29 500(1), uniquement pour le secondaire.
En tout, 700 établissements en
France font l'école buissonnière et se
réclament de l'« éducation nouvelle ».
En clair, elles adhèrent à une philosophie
commune : placer l'enfant au centre
du système, en opposition à l'enseignement
traditionnel dans lequel c'est
lui qui doit s'adapter.


FEV : Quelques mots sur la méthode
pédagogique?

A. : J'y ai passé treize ans, avec ma
petite soeur, et nous incarnons de véritables
prototypes. Nous avons été formées
dans un esprit de liberté, sans
jamais avoir besoin de pousser les
limites. Sans discipline, ni hiérarchie
ni notes, le point d'orgue est la volonté
de l'enfant d'avancer par lui-même. Il
y avait beaucoup de travail personnel,
en groupe, et des ateliers artistiques.
L'emploi du temps était très précis.
Nous étions très encadrés individuellement.
C'est la méthode globale :
l'enfant est pris dans son intégrité, en
tenant compte de toutes les phases
qu'il traverse. La frontière entre son
développement et son instruction est
abattue. Par exemple, je savais lire
quand je suis entrée en CP, mais j'ai
eu besoin, pendant trois mois, de jouer
uniquement avec de l'eau et du sable,
car je ne me sentais pas en phase
avec les autres. On m'a laissé faire.
D'autres apprenaient à lire seulement
en CE1, ils bénéficiaient de plus d'attention
à ce moment-là. J'ai adoré
aller à l'école.


Pour qui, pourquoi ?
Certains parents estiment que l'école
publique est trop contraignante, la
hiérarchie trop présente et l'esprit de
Revue de choix à l'heure
de faire le cartable?
compétitivité trop aiguisé. Aussi, par
conviction, choisissent-ils dès les
premières années une autre forme
d'éducation. Pour d'autres, cette
alternative s'impose plus tard. Souvent,
leurs bambins peinent à s'adapter
au cadre du système classique,
l'école se plaint, ils sont convoqués
régulièrement par la maîtresse ou la
direction? Ces parents stressés par
le fantôme de l'échec scolaire (même
si le petit n'a que 4 ans !) et las de
jouer à cache-cache avec l'instituteur
chaque soir à la sortie de l'école,
se dirigent vers une école parallèle.
En la matière, le meilleur côtoie le
pire. Pour éviter les mauvaises surprises,
il est conseillé de consulter
les organismes français chargés,
par le ministère de l'Éducation nationale,
de l'information et de la prévention
des dérives sectaires auprès du
public. Du côté du meilleur, les projets
pédagogiques sont très diversifiés. Comment éviter les écueils
et choisir la méthode qui permettra
à l'élève de s'épanouir ? Privilégier
plutôt l'absence de compétitivité,
d'autorité, un encadrement souple et
attentif ou une totale liberté ?
Les pédagogies les plus célèbres,
celles de Maria Montessori, Célestin
Freinet et Rudolf Steiner déclinent
chacune à leur manières ces grands
principes. Une constante cependant
: il faudra délier les cordons de
la bourse? En effet, la plupart de ces
établissements sont « privés hors
contrat », autrement dit, les frais de
scolarité sont financés intégralement
par les parents.

L'AVIS DE L'EXPERT


« Un véritable travail d'intégration est mis en place avec le corps enseignant »


Avec le docteur Stéphane Clerget, pédopsychiatre et auteur de plusieurs livres dont « Parents, osez
vous faire obéir », co-écrit avec la journaliste Costa-Prades, aux éditions Albin Michel.

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FEV : Que pensez vous du principe
qui consiste à mettre l'enfant au
centre du système ?

DR CLERGET : L'idée convient à certains
enfants qui ont besoin d'une approche
un peu particulière, mais une majorité
reste très à l'aise dans le système classique.
Ces écoles fonctionnent d'autant
mieux qu'elles ont les moyens de proposer
des classes à petit effectif.


FEV : Vous arrive-t-il d'être consulté
par des parents dans le choix d'une
école alternative ?

DR C. : Oui, régulièrement quand les
enfants rencontrent des difficultés.
Notre rôle consiste à découvrir pourquoi
ils s'intègrent mal en vérifiant qu'ils
n'aient pas de difficultés physiques et
psychologiques. Certains obstacles
peuvent finalement être surmontés
par des consultations, d'autres sont
circonstanciels. Quelquefois, on a tendance
à mettre sur le dos du système
scolaire les difficultés qu'un enfant rencontre
avec une équipe pédagogique.
Avant d'envisager cette voie, on peut
changer d'enseignant ou d'école.


FEV : Quels sont les avantages des
écoles alternatives ?

DR C. : Pour les enfants confrontés à
une inadaptation au système scolaire
traditionnel, ce sont des lieux d'accueil
tolérants. Un véritable travail d'intégration
est mis en place avec le corps
enseignant (sélectionné pour accepter
les enfants « différents ») et auprès
des autres élèves. Ces pédagogies
sont intéressantes aux extrémités.
Les maternelles sont de plus en plus
rigides, surtout en ville. Le niveau d'enseignement
y est aujourd'hui élevé : en
moyenne section, les petits apprennent
déjà à lire et écrire, ce sont déjà
de petits écoliers, et l'enseignement
par le jeu est de plus en plus réduit.
C'est parfait pour les plus matures,
mais cela pose problème pour ceux
qui se développent « normalement »
et qui souhaitent prendre leur temps.
Le danger ? Les dégoûter de l'école !
À l'autre bout de la scolarité, après la
troisième, on peut conseiller les écoles
alternatives à des enfants au parcours
chaotique qui désirent poursuivre en
enseignement général.


L'ABC?


Les cahiers au feu et le maître au milieu?


Initialement jugées éphémères, les nouvelles pédagogies font toujours partie du paysage scolaire français, européen et mondial.Cours particulier sur les plus célèbres d'entre elles.

L'école déchaîne les passions.
Le désir de réforme de l'éducation
est né quasiment en
même temps que l'école
obligatoire. Dès la fin du XIXe siècle,
pédagogues, philosophes, médecins
et psychologues travaillent sur le projet
d'un autre système d'instruction éducative. C'est la naissance du courant
de l'« éducation nouvelle ». Elle prône
une prise en compte de l'enfant dans
sa globalité avec une instruction active.
Dans les années 70, les écoles différentes,
parallèles ou ouvertes se multiplient.
Certaines obtiennent même un
statut dans l'Éducation nationale.

Célestin Freinet(1896-1966) Le mouvement de l'école moderne
Élève de l'École normale de Nice, il
étudie tous les mouvements pédagogiques
qui agitent l'Europe des
années 20. En 1928, l'instituteur aux idées révolutionnaires entre
en conflit avec le maire Saint-Paulde-
Vence et l'Éducation nationale.
Il quitte le public pour ouvrir une
école privée à Vence, en 1935. En
1968, les grands principes de la
méthode Freinet sont établis par la
Charte de l'école moderne.
Son credo : ne pas soumettre l'enfant
à une instruction passive, mais
lui apprendre à apprendre. Les
connaissances sont étayées par
un travail individuel ou en groupe,
il avance à son r ythme avec des
va-et-vient multiples entre la théorie
et la pratique.
En pratique : la coopération remplace
la compétition, les découpages par
discipline dans l'emploi du temps
sont remplacés par des séquences
de travail, les élèves circulent librement
dans la classe. Cependant, l'organisation
est très structurée. Les
enseignants veillent au respect des
règles de vie, fondées sur le mode
démocratique et coopératif. Au fil
du temps, il semblerait que cette
méthode ait conquis le corps enseignant
dans son ensemble, car il s'en
inspire largement.

Maria Montessori (1870-1952) L'harmonie entre l'ambiance, le matériel et l'éducateur
Première femme docteur en médecine
en 1897, licenciée en philosophie
et sciences naturelles, elle travaille
d'abord avec les enfants mentalement
handicapés avant de se tourner
vers la pédagogie. Sa première
école est ouverte dans un quartier
populaire de Rome en 1907.
Son credo : soigner l'environnement
de l'enfant, pour lui proposer
un espace dans lequel il est libre de
choisir ses activités (dont la rêverie
!) en fonction de ses aspirations.
Obser vateur discret, l'éducateur
intervient sur sa demande.
En pratique : les enfants évoluent par
petits groupes multiâges, les 3/6 ans,
6/9 ans et les 9/11 ans. Il règne une
ambiance calme et studieuse grâce à
une disposition astucieuse du matériel
pédagogique. Le rythme de l'enfant
et les périodes sensibles définies
par Maria Montessori sont respectés
par l'adulte et le groupe. Une liberté
relative, car elle induit des notions
d'autonomie, de responsabilité et
d'autodiscipline dictées par les limites
imposées par la classe. Généralement,
les programmes officiels de
l'Éducation nationale sont respectés,
mais adaptés au rythme de l'enfant.

Rudolf Steiner (1861-1925) Une confiance totale dans les capacités de l'enfant
Après des études scientifiques
brillantes et une thèse de doctorat
en philosophie il s'oriente vers la
pédagogie. En 1919, il ouvre la première
école Waldorf à Stuttgart. Elle
fermera pendant le régime nazi, le
mouvement prendra un essor européen
et mondial après la guerre.
Son credo : « Il ne s'agit pas de recevoir
de l'école une formation achevée
mais de s'y préparer à la recevoir
de la vie? »*
En pratique : ouvertes de la maternelle
au lycée, les écoles Waldorf
possèdent des classes de 25 à
35 élèves. Sans sélection ni redoublement,
les notes sont remplacées
par un rapport annuel jusqu'au collège.
La composition des classes est
la même de la maternelle au bac.
L'apprentissage de deux langues
vivantes a lieu dès le préparatoire,
l'écriture et la lecture sont introduites
par le dessin, les mathématiques
par des exercices rythmiques. Au
programme également : beaucoup
d'activités artistiques et manuelles,
des stages en entreprise et un soutien
personnalisé. Largement implantée
en Allemagne, où ces écoles sont
majoritairement sous contrat avec
l'État, elle restent chères en France
(hors contrat oblige), même si les
frais de scolarité sont calculés en
fonction des revenus des parents.


DE BOUCHE À OREILLE


Tranches de vie pas comme les autres


Que pensent les enfants de leur scolarité parallèle ? Et les parents ? En une mosaïque (non exhaustive !) de leurs souvenirs, opinions et ressentis, ils livrent un regard a posteriori sur leur expérience.

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Flo, 20 ans, journaliste web et assistante
de direction, élève à l'école
Decroly (école publique alternative)
en 6e et 5e.

FEV : Quels sont tes meilleurs souvenirs
d'école ?

FLO : Ils concernent mes relations avec
les profs. On les tutoyait, ils étaient très
attentifs à nos états d'âme et à ce que
l'on vivait en dehors de l'école. Nous
parlions beaucoup. Je me souviens
d'une copine qui a pu régler des soucis
parentaux avec l'aide d'une prof !
Nous étions consultés et responsabilisés
pour beaucoup de choses. J'ai souvenir d'avoir aidé à la préparation
du repas, d'avoir installé les matelas
pour la sieste des petits. Nous y mettions
beaucoup de coeur. Coté instruction,
les cours étaient très intéressants,
avec beaucoup de sorties et de voyages
scolaires.


FEV : Et le retour dans un établissement
classique ?

F. : Bien, mais j'étais tétanisée à l'idée
de devoir m'adresser aux profs.


Françoise, la maman de Flo, gérante
de société.
FEV : Pourquoi avoir choisi une école
alternative ?

FRANÇOISE : Nous avions trois possibilités,
entre le lycée-usine traditionnel
sur lequel j'avais des réserves,
l'école privée très militaire et Decroly,
dans laquelle Flo avait déjà ses deux
demi-soeurs.
Avec du recul, je pense qu'elle aurait
été beaucoup mieux dans un établissement
très encadré, mais, à l'époque,
cela ne collait pas avec mes
idées sur l'enseignement. J'ai choisi
Decroly, même si sa maîtresse de
CM2, avec qui Flo avait passé une souvenir d'avoir aidé à la préparation
du repas, d'avoir installé les matelas
pour la sieste des petits. Nous y mettions
beaucoup de coeur. Coté instruction,
les cours étaient très intéressants,
avec beaucoup de sorties et de voyages
scolaires.


FEV : Et le retour dans un établissement
classique ?

F. : Bien, mais j'étais tétanisée à l'idée
de devoir m'adresser aux profs.


Françoise, la maman de Flo, gérante
de société.
FEV : Pourquoi avoir choisi une école
alternative ?

FRANÇOISE : Nous avions trois possibilités,
entre le lycée-usine traditionnel
sur lequel j'avais des réserves,
l'école privée très militaire et Decroly,
dans laquelle Flo avait déjà ses deux
demi-soeurs.
Avec du recul, je pense qu'elle aurait
été beaucoup mieux dans un établissement
très encadré, mais, à l'époque,
cela ne collait pas avec mes
idées sur l'enseignement. J'ai choisi
Decroly, même si sa maîtresse de
CM2, avec qui Flo avait passé une
très bonne année, était plutôt opposée
à sa scolarisation dans ce type
d'établissement.


FEV : Le bilan de ces deux ans ?
F.: Mitigé, car c'est un enseignement
très particulier. Flo a cessé de travailler
sur le champ. Au début, elle a
été extrêmement indisciplinée, elle
ne respectait pas les profs, montait
sur les tables, etc. C'était vraiment
n'importe quoi, alors qu'elle ne s'était
jamais comportée ainsi. Comment
l'expliquer ? Sans discipline ni hiérarchie,
elle a perdu ses repères. Peutêtre
se sentait-elle trop responsabilisée
par rapport à ses choix ? Ensuite,
il y a eu un décalage scolaire. Quand
on sort de l'enseignement normal, le
niveau de culture générale est moindre.
Elle n'a jamais réussi à se mettre
dans ce moule-là ! Malgré les apparences,
on demande beaucoup de
sérieux aux jeunes. Je pense qu'il est
préférable d'y débuter et finir sa scolarité.
Mais malgré cette expérience,
je garde une opinion extrêmement
positive de cette école. Il y a un vrai
travail fait autour de l'enfant et de son
identité.



Axelle, 24 ans, demi-soeur de Flo,
guide-interprète et étudiante en
master d'histoire, elle a effectué
toute sa scolarité à Decroly, de la
maternelle à la troisième.

FEV : Quels souvenirs gardez-vous
des années Decroly ?

AXELLE : Excellents ! J'ai eu la chance
d'avoir des enseignants qui avaient
beaucoup d'expérience. Être prof
là-bas est un sacerdoce : comme la
discipline est inexistante, le cadre mis
en place doit inévitablement passer par
la personnalité du formateur.


FEV : Et après la troisième ?
A. : J'ai réintégré un lycée de quartier
orienté vers l'art et la littérature. Pas de
problèmes particuliers. Un seul bémol :
je tutoyais les profs.


FEV : Quelques mots sur la méthode
pédagogique?

A. : J'y ai passé treize ans, avec ma
petite soeur, et nous incarnons de véritables
prototypes. Nous avons été formées
dans un esprit de liberté, sans
jamais avoir besoin de pousser les
limites. Sans discipline, ni hiérarchie
ni notes, le point d'orgue est la volonté
de l'enfant d'avancer par lui-même. Il
y avait beaucoup de travail personnel,
en groupe, et des ateliers artistiques.
L'emploi du temps était très précis.
Nous étions très encadrés individuellement.
C'est la méthode globale :
l'enfant est pris dans son intégrité, en
tenant compte de toutes les phases
qu'il traverse. La frontière entre son
développement et son instruction est
abattue. Par exemple, je savais lire
quand je suis entrée en CP, mais j'ai
eu besoin, pendant trois mois, de jouer
uniquement avec de l'eau et du sable,
car je ne me sentais pas en phase
avec les autres. On m'a laissé faire.
D'autres apprenaient à lire seulement
en CE1, ils bénéficiaient de plus d'attention
à ce moment-là. J'ai adoré
aller à l'école.


FEV : Que vous a apporté ce type
d'éducation ?

A. : Autonomie et confiance en moi. Le
plus révélateur est l'absence de peur
de parler en publique. Contrairement à
beaucoup de collègues, je suis très à
l'aise devant des inconnus. Mes enfants
iront à Decroly, si elle existe encore.
Car il faut savoir qu'ils ont d'énormes Loin d'être des ânes, ce sont plutôt
de drôle de zèbres? problèmes de subventions. Les parents
cotisent, et s'engagent au moins autant
que les profs.

Par Hélène LEBLANC
Illustrations par Igor VADIM

ce qu'elles en pensent

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